Le capitalisme sans capital

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, Publié en Français le 3 avril 2019


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« Ces caractéristiques économiques inhabituelles signifient que l’essor des intangibles est plus qu’un changement banal dans la nature de l’investissement. Parce que les investissements immatériels ne se ne se comportent pas de la même manière que les investissements matériels, on peut raisonnablement s’attendre à ce que l’économie dominée par les intangibles se comporte différemment elle aussi. En fait, dès que nous prenons en compte la nature changeante du capital dans l’économie moderne, beaucoup de choses étonnantes commencent à prendre du sens. »

Les 3 idées clés

  • A partir de 1990 l’investissement immatériel a dépassé l’investissement matériel aux USA et dans les grandes économies occidentales.
  • Les actifs immatériels ont quatre caractéristiques : ils sont scalables, irrécupérables, diffusables et synergisables.
  • Ces spécificités influencent le comportement des entreprises et structure l’économie et la société en contribuant au ralentissement de la croissance et à l’essor de différentes formes d’inégalités.

Expérience de lecture et avis :

C’est une lecture difficile mais intéressante. Avant cette lecture j’étais incapable de faire le lien entre l’essor du capital immatériel et la dynamique des inégalités et le ralentissement de la croissance dans la nouvelle économie.  Même si le livre est bien structuré et qu’il y a un effort indéniable de vulgarisation, le sujet reste peu accessible et l’ouvrage manque d’espaces de synthèses. Je regrette par ailleurs que les auteurs opposent capital matériel et immatériel sans évoquer la frontière de plus en plus floue entre les deux. Pourquoi ne pas évoquer l’économie « phygitale » qui permet aux acteurs de la nouvelle économie de créer de la valeur grâce à la complémentarité entre les actifs physiques et les actifs immatériels ? Je pense notamment aux investissements récents d’AMAZON dans les réseaux physiques et aux Apple Stores qui constituent l’atout distinctif d’une marque dont le succès d’origine était la force de son capital immatériel.

 

Le résumé :

Pendant des siècles, les investissements  étaient affectés aux actifs corporels. A partir des années 1950 on constate l’essor des actifs intangibles. Avec l’avènement de l’informatique et des logiciels  l’investissement immatériel commence à dépasser l’investissement matériel dès les années 90 aux USA et dans les grandes économies occidentales. Si la tendance continue, 2/3 des investissements annuels des entreprises seront constitués d’actifs immatériels dans les économies modernes. Les actifs immatériels sont constitués des logiciels informatiques, R & D, savoir, capital organisationnel, design, propriété innovante…

Ces actifs immatériels ont des caractéristiques qui vont avoir un impact sur le comportement des entreprises (systèmes « d’incitations » et de « récompenses » spécifiques) et plus globalement sur l’économie.

Quelles sont ces caractéristiques ?

Ces actifs sont scalables, irrécupérables, diffusables et synergisables entre eux.

  • Scalable : Ils « peuvent être réutilisés quantité de fois, dans plusieurs endroits et en même temps ». Ceci permet des économies d’échelle importantes surtout quand s’est amplifié par l’effet réseau (Ubber, Air B 1B). Ces entreprises vont croître plus vite, être plus globales et contribuer à une concentration des parts de marché.
  • Irrécupérable : l’actif immatériel est plus difficile à vendre car il est souvent spécifique à son contexte et il est difficile d’estimer sa valeur.
  • Diffusable : Il est facile de profiter de l’investissement qu’une autre entreprise a réalisé. Dans ce contexte les entreprises qui savent protéger leur capital ou exploiter celui des autres seront récompensées.
  • Synergisable : « La recombinaison est l’essence de l’innovation numérique ». Les actifs intangibles créent plus de valeur en agrégeant des innovations (géolocalisation, interface, user design…).

Ces  spécificités des actifs intangibles se combinent pour en produire deux autres : l’incertitude due à l’irrécupérabilité et à la diffusabilité et la contestation car chacun peut profiter des investissements matériels d’autres entreprises. Les entreprises riches en actifs intangibles ont des comportements différents qui influencent l’activité économique et les rapports sociaux.

Comment ces nouveaux comportements contribuent-ils au ralentissement  de l’économie et à la multiplication de différentes formes d’inégalités ?

  • Les entreprises riches en intangibles retirent des rendements importants de leur capital grâce à la scalabilité, elles sont souvent protégées par des marques de commerce et des brevets (winners take all) et creusent l’écart avec les retardataires  bloqués par des barrières à l’entrée difficiles à surmonter en raison de ces 4 caractéristiques.
  • La survalorisation des managers-superstars très bien payés parce qu’ils sont capables d’orchestrer les synergies contribue aux inégalités de revenus.
  • Le besoin de créer des synergies entraîne la concentration de l’activité économique dans les grandes métropoles urbaines et ceci a pour effet de creuser les inégalités géographiques, cet écart étant amplifié par la hausse du prix de l’immobilier boosté par une forte demande.
  • La mobilité des actifs immatériels fait échec à toute politique de redistribution et intensifie la concurrence fiscale entre les pays.
  • Du fait du caractère irrécupérable des intangibles let de l’incertitude liée à la rentabilité de ces actifs les marchés et les banques sous-investissent.

On évoque souvent les progrès technologiques, l’hyper-capitalisme et la mondialisation pour expliquer les dynamiques négatives de la croissance, de la productivité et le creusement des inégalités. Les auteurs pensent que l’essor du capital immatériel contribue aussi aux bouleversements économiques et sociétaux de notre époque et qu’elle explique une grande partie des crises et du malaise social dans les démocraties occidentales.

Comment les institutions publiques peuvent-elle intervenir ?

  • Créer les conditions pour faciliter la diffusion et les synergies en proposant de nombreux lieu de socialisation qui boostent l’intelligence collective en préservant l’équilibre géographique.
  • Financer la formation, la recherche et l’innovation expérimentale.
  • Encourager l’investissement par la « commande publique intelligente ».
  • Trouver le bon équilibre entre la protection des droits de propriété intellectuelle pour générer de la confiance et la nécessité de laisser se diffuser les idées nouvelles dans le reste de l’économie.
  • Lutter contre la contraction bancaire et développer le financement par émission d’actions, favoriser les financements alternatifs et les co-financements publics.

Il s’agit là de véritables défis pour des états libéraux de plus en plus contraints par des logiques de maîtrise budgétaire. C’est pourtant ce type de politique volontariste qui permettra de partager la valeur créée par cette nouvelle économie immatérielle.

 

 



A propos de l'auteur

Jonathan Haskel est professeur d’économie à l’Imperial College Business School de Londres.

Stian Westlake est conseiller auprès du ministre britannique de la Science et de l'Innovation. Il est chercheur chez Nesta, la fondation britannique pour l’innovation.


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